Revue de presse

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Covid-19 : les malentendants et les Sourds
désavantagés par le port du masque

Le 17 avril 2020, la présidente d’Audition Québec, Jeanne Choquette, a accordé une entrevue à l’animatrice Hélène Denis de l’émission de radio Aux quoditiens, sur Canal M, la radio de Vues et Voix.

 

Pour faciliter la compréhension si vous êtes malentendant, voici la transcription écrite de l'entrevue :

Hélène Denis : Le port du masque, un handicap supplémentaire pour les personnes malentendantes étant donné que les personnes malentendantes et les sourds lisent la plupart du temps sur les lèvres et c’est impossible quand quelqu’un porte un masque qui couvre justement la bouche,  j’en parle avec Jeanne Choquette, présidente d’Audition Québec, est-ce qu’il y a beaucoup de personnes sourdes au Québec qui lisent sur les lèvres pour comprendre leurs interlocuteurs?

Jeanne Choquette : Oui, les statistiques disent qu’il y a 10 à 15% des gens, oui il y a beaucoup de monde. Les sourds c’est certain qu’ils s’expriment dans la langue des signes du Québec, la LSQ, et en ce moment on les voit beaucoup derrière les points de presse du Premier Ministre Legault, du Premier Ministre Trudeau, de Valérie Plante à Montréal, ça donne une belle visibilité. Mais la surdité, c’est un handicap invisible, il n’y a pas juste les Sourds, il y a les malentendants. Je suis une malentendante, j’ai deux implants cochléaires, je ne parle pas la LSQ, moi pour comprendre comme il faut, j’ai besoin de la lecture labiale. Alors les masques, c’est sûr que pour nous en ce moment c’est un peu angoissant parce que quand le déconfinement va commencer, on s’attend à ce qu’il y ait de plus en plus de gens qui portent des masques. À New-York, c’est devenu obligatoire imaginez. Et les Sourds aussi sont handicapés, car si vous regardez un interprète LSQ, sa figure c’est comme les points de ponctuation. Alors même les sourds sont désavantagés par des gens qui portent des masques.

 

HD : Jeanne, j’ai lu que vous aviez commandé des masques avec une fenêtre transparente donc pour les personnes sourdes et malentendantes qui sont approuvés par la Food and Drugs administration, est-ce que vous les avez reçus?

 

JC : Non pas encore et je suis ça, vous savez quand on commande un colis, on peut suivre où il est et ça fait une semaine qu’il est dans un entrepôt au New-Jersey.  Mais je peux déjà vous dire que l’Institut Raymond-Dewar à Montréal en a reçus, mais pas de la même compagnie. Donc ce sont des masques avec une visière transparente à la hauteur de la bouche. Le problème, c’est que ces masques-là, même aux Etats-Unis, ne sont pas suffisamment sécuritaires pour traiter un patient qui a la COVID 19.

 

HD : Alors ça serait plus pour Monsieur et Madame tout le monde dans la rue mais pas dans les centres médicaux, les CHSLD, les hôpitaux?

 

JC : Non. Il est possible que l’IRD, l’Institut Raymond-Dewar, eux ils ont des intervenants au Quartier des Spectacles à la clinique sans rendez-vous et le coordonnateur du CIUSSS de l’est de l’île de Montréal m’informe que ça se pourrait qu’à un moment donné ces masques-là soient utilisés en respectant une distance de deux mètres. C’est certain que si le patient est à l’hôpital, là ça serait impossible.

 

HD : Vous avez créé une vidéo très très intéressante que j’ai regardée de A à Z, j’ai appris plein de choses, vous donnez toutes sortes de conseils utiles, est-ce que voulez nous en parler des solutions que vous proposez?

 

JC :  Il va falloir être tolérant d’un côté comme de l’autre. Je pense que nous avons tous les nerfs à fleur de peau un peu en ce moment et je vous dirais qu’il y a des gens des associations régionales et provinciales de malentendants qui ont eu des mauvaises expériences. Par exemple, un commis de pharmacie qui fait son possible pour respecter les règles sanitaires, mais nous ce qu’on demande, est-ce que ça serait possible de vous reculer de deux mètres et de baisser votre masque, juste le temps de la conversation et vous n’avez pas besoin de crier parce que nous sommes des spécialistes de la lecture labiale. Il pourrait n’y avoir aucun son qui sort de votre bouche et on pourrait comprendre quand même.

 

HD : Donc il ne faut pas être gêné de donner l’information, il ne faut pas être gêné de dire qu’on est Sourd ou malentendant?

 

JC : Exactement. Nous aussi on a un rôle à jouer les malentendants, il faut s’identifier comme tel. À Audition Québec on a des épinglettes, on a des autocollants avec l’oreille barrée qui nous identifient comme malentendant. Il ne faut pas avoir peur de se faire respecter et en même temps, du côté des entendants il faut que les gens soient tolérants envers nous.

 

HD : Et le téléphone c’est un de vos ennemis n’est-ce pas et en ces temps de COVID 19, ça aide pas du tout car il faut appeler pour avoir de l’information sur le coronavirus quand on pense qu’on a des symptômes, qu’est-ce qu’on doit faire?

 

JC : En ce moment, on cogite. Nous sommes en communications Audition Québec avec le Ministère de la Santé et des Services sociaux et l’Office des personnes handicapées pour trouver une solution à ce problème. Cet après-midi nous avons une vidéoconférence Zoom avec toutes les associations provinciales de malentendants et plusieurs associations régionales.

HD : Il y en a combien d’associations de malentendants?

 

JC : Jeanne Choquette :  Je dirais qu’il y en a 8 ou 9. Donc Audition Québec on va être là, les implantés cochléaires, Acouphènes Québec, le Centre de communication adaptée, le Réseau Québécois de l’inclusion sociale des personnes malentendantes, l’APDA, l’Association pour les personnes avec une déficience de l’audition, l’ADSMQ des Bois-Francs, de Repentigny, l’Association de Laval, il y a plusieurs régions, l’Association de l’Ouïe de l’Outaouais, j’en oublie.

 

HD : Alors la réunion se fait cet après-midi?

 

JC : Oui, cet après-midi, et nous ce qu’on veut faire c’est de trouver des solutions à ça. Parce que les malentendants, il y en a plusieurs qui ont 70 ans et plus, il n’y a pas juste cette tranche d’âge là mais il y en a plusieurs, et rendus à cet âge ils n’ont pas nécessaire un téléphone cellulaire, pour communiquer par Zoom ou FaceTime, alors il faut trouver une solution. Ce que nous demandons au gouvernement, entre autres, c’est est-ce qu’il pourrait y avoir une adresse courriel parce que souvent ils ont une tablette et ils peuvent envoyer des courriels pour prendre un rendez-vous avec une clinique de dépistage. Le téléphone c’est un obstacle. Alors cet après-midi on va essayer de trouver des solutions à proposer au ministère et je tiens à souligner que le ministère en termes de déficience auditive, ils sont très ouverts et pro-actifs, ils travaillent en collaboration.

 

HD : Ils sont à l’écoute, sans vouloir faire de jeux de mots. Alors vous êtes présidente d’Audition Québec depuis combien de temps Jeanne Choquette?

 

JC :  Ça fait moins d’un an, j’étais sur le conseil d’administration avant.

 

HD : Est-ce que vous êtes très sollicitée de ce temps-ci?

 

JC :  Oui. Nous sommes très actifs sur Facebook et c’est intéressant parce que c’est comme ça qu’on peut avoir du feedback, de la rétroaction de gens qui sont malentendants. Par exemple la vidéo sur les masques, on a payé un peu de publicité sur Facebook, il y a 100,000 personnes qui l’ont vue passer sur leur fil Facebook et il y a beaucoup de monde qui ont réagi, ils ont dit c’est vrai ils n’avaient pas pensé à ça. Et je vous dirais que même vous qui entendez bien, vous allez remarquer que vous lisez sur les lèvres sans vous en rendre compte.

 

HD : Ça m’étonne, je vous être plus observatrice la prochaine fois. Même les gens qui entendent bien sont portés à regarder les lèvres de la personne qui parle pour mieux entendre?

 

JC : Oui, absolument! Vous savez quand on porte des lunettes, on dit : « je ne t’entends pas », c’est parce que vous lisez sur les lèvres.

 

HD : Jeanne, vous parliez tantôt de l’oreille barrée, c’est quelque chose qu’on connaît plus ou moins si nous ne sommes pas sourd ou malentendant, vous dites qu’on peut mettre ce timbre sur la carte d’assurance-maladie ou d’hôpital?

 

JC : Oui exactement. Mais effectivement, ce n’est pas tout le monde qui connaît la signification du symbole qui est pourtant universel.

 

HD : Oui car c’est vraiment une oreille avec une barre qui passe au travers en diagonale, parce que même les gens qui travaillent dans des hôpitaux ou ailleurs qui reçoivent cette carte-là, il faut des fois leur expliquer ce que ça veut dire.

 

JC : Absolument. Il faut dire aussi dire, encore une fois, que ce n’est pas nécessaire de crier la plupart du temps.

 

HD : Même pour les personnes âgées, il y a des gens qui crient en pensant qu’ils sont sourds naturellement parce qu’ils sont âgés.

 

JC :  Il faut voir votre visage. Quelqu’un qui me chuchote à l’oreille ça ne me donne absolument rien, il faut que je la regarde elle pourrait ne pas parler et je pourrais la comprendre. Je veux juste souligner aussi qu’il y a un service d’interprétation pour vidéo à distance. Les Sourds qui s’expriment en LSQ sont habitués à ça, c’est un service qui est offert par le SIVET, le Service d’interprétation visuelle et tactile et à Québec aussi, il y a le service d’interprétation. Ce que nous avons gagné, c’est par exemple un patient sourd qui serait hospitalisé et qui aurait sa propre tablette ou son cellulaire aurait accès au wifi de l’hôpital et pourrait faire une conférence Zoom avec le SIVET. Alors le médecin parle, l’interprète sur la tablette signe, et le sourd peut comprendre ce que le médecin est en train de lui dire. Ça pourrait aussi marcher pour les malentendants mais nous on est moins habitués à ce genre de service.

 

HD : Auditionquebec.org pour avoir plein d’informations, pour aussi voir votre vidéo qui est sous-titrée et se rappeler que nous avons tous un rôle à jouer. Merci beaucoup Jeanne Choquette, présidente d’Audition Québec, bonne santé.

 

JC :  Merci, au revoir!

Pour en savoir plus sur le service d'interprétation vidéo à distance