Revue de presse

Lire sur les lèvres

Le 13 mai 2020, la présidente d’Audition Québec, Jeanne Choquette, a accordé une entrevue à l'animateur Michel Picard de l’émission de radio Michel Picard (le retour), au 94,5 Unique FM.

 

Pour faciliter la compréhension si vous êtes malentendant, voici la transcription écrite de l'entrevue :

Michel Picard :  La pandémie nous permet aussi de voir des gens qui vivent avec des handicaps, je pense aux malentendants qui la plupart lisent sur les lèvres.  Et là on parle du masque, pas le port obligatoire pour l’instant mais ça pourrait venir. Les masques en général couvrent la plupart une grande partie du visage et là on ne voit plus les lèvres, et je vais parler de ce très bon débat de société avec mon ancienne collègue que j’adore, ex-réalisatrice à Radio-Canada, Jeanne Choquette, bonjour Jeanne!

 

Jeanne Choquette :  Bonjour Michel!

 

Michel Picard :  Merci d’être là, toi qui es la PDG d’Audition Québec, il y a eu beaucoup de reportages et de textes là-dessus, il y a à peu près 15% de la population qui souffrirait de surdité?

 

Jeanne Choquette :  Oui, 10 à 15% de personnes qui ont des problèmes auditifs à différents niveaux on s’entend, mais c’est quand même pas mal de monde.

 

Michel Picard :  D’accord. Toi tu m’écoutes avec un appareil auditif spécial, ton téléphone est adapté?

 

Jeanne Choquette : Oui, j’ai deux implants cochléaires et j’ai une espèce de collier dans mon cou qui est lié à mon cellulaire par Bluetooth alors j’entends ta voix directement dans mes appareils c’est merveilleux.

 

Michel Picard :  Le point de vue d’Audition Québec et des gens que tu connais par rapport à ce masque, vous ne pourrez plus lire sur les lèvres, c’est un handicap majeur.

 

Jeanne Choquette :  Je vous dirai, hier quand on va vu arriver le trio du Premier ministre Legault, de Danielle McCann et du Dr Arruda avec des masques, j’ai crié dans mon salon, on le voyait venir, on le savait mais c’est vraiment stressant, je te dirais anxiogène. Nous on a une page Facebook Audition Québec, on a beaucoup de gens qui nous écrivent, ils sont vraiment préoccupés, stressés. On va à la pharmacie, le commis est derrière un plexiglass, porte un masque opaque, la communication est complètement stoppée.

 

Michel Picard :  La pharmacie, l’épicerie, le transport en commun, un chauffeur de taxi…

 

Jeanne Choquette :  Les hôpitaux!

 

Michel Picard :  Absolument!  Jeanne, l’occasion aurait été belle pour que l’un des trois porte un masque transparent pour que l’on puisse lire sur ses lèvres, ça aurait envoyé tout un message.

 

Jeanne Choquette :  Absolument! Ce qui arrive, c’est qu’il faut être conscient qu’il y a deux sortes de masques transparents.  Des masques artisanaux qui pourraient être portés par exemple par les collègues de travail, de gens qui vont être capables de se tenir à deux mètres et il y a des masques pour le personnel hospitalier.  Alors c’est deux dossiers différents. Nous à Audition Québec c’est certain qu’on ne forcera pas tout le monde à porter un masque transparent, c’est impossible, mais on veut sensibiliser les gens.  On veut dire que ce genre de masque existe.  En ce moment nous sommes en pourparlers avec le Ministère de la santé, parce que l’INSPQ, la Santé publique, a déjà écrit sur la page du gouvernement du Québec qu'ils approuvent le masque transparent et là ils sont en train de travailler pour trouver un modèle sécuritaire et ils vont publier un tutoriel pour le fabriquer, alors c’est un grand pas mais on attend encore. Je leur ai écrit tout à l’heure, on m’a répondu ça s’en vient. Et ça ça va être déjà assez bien.

 

À Audition Québec nous sommes aussi en pourparlers avec des entreprises qui fabriquent des masques pour le personnel hospitalier. Ils ne sont pas certains qu’il y a un assez grand marché pour en produire une grande quantité avec une fenêtre transparente. Et il va falloir, je présume, que ça soit approuvé par Santé Canada. Ce matin on nous a mis au courant qu’il y a une visière qui est faite en Ontario, une visière complète transparente, avec un rebord pour le cou, transparent aussi un genre de plexiglass, ça existe déjà, alors ça pourrait être porté par des audiologistes, des audioprothésistes, ça pourrait être…

 

Michel Picard :  Des hygiénistes dentaires…

 

Jeanne Choquette :  Oui! Des dentistes, des coiffeuses! Et ce n’est pas juste les malentendants, les personnes autistes qui ont besoin de voir l’expression du visage. Les immigrants qui apprennent la langue française, les enfants, il y a plein de gens qui pourraient profiter de ce genre de masque-là. Je veux vous dire Michel qu’il y a beaucoup de gens qui pensent que  nous les malentendants, nous parlons la langue des signes…

 

Michel Picard :  Oui tu as raison on pense ça.

 

Jeanne Choquette :  Oui!  Les gens disent : il y a un interprète à côté du Premier ministre Legault ou du Premier ministre Ford, non non, moi je ne parle pas la langue des signes, je lis sur les lèvres.

 

Michel Picard :  Oui je comprends. Ce n’est pas un secret Jeanne, tu as eu un tres grave accident de voiture il y a un bout de temps et Dieu soit loué tu es vivante mais j’imagine que tu te serais rendue à l’hôpital en période de pandémie à moitié paralysée et là je pense pas que personne ne vient faire de la traduction simultanée à côté de toi, tu as besoin de voir ce que la personne te dit, besoin de voir les lèvres et je suis certaine qu’il y a plein de gens qui vivent ça dans les hôpitaux.

 

Jeanne Choquette :  Oui tout à fait et dans les CHSLD! 90% des gens qui ont 80 ans et plus sont malentendants et souvent ils portent des appareils auditifs, faut changer les piles, est-ce que le personnel hospitalier change leurs piles, alors oui il y a beaucoup d’inquiétude dans ce milieu-là.  Et dans les CHSLD maintenant, les préposés tout le monde portent un masque opaque.

 

Michel Picard :  Les journalistes en ont parlé, ont fait des reportages, toi tu es passée à la radio, pleins de témoignages, ça ça fait bouger l’État, est-ce que tu es confiante que dans les prochains mois il va se passer quelque chose?

 

Jeanne Choquette :  Définitivement, oui je suis confiante.  Ça marche dans les deux sens.  Nous ce qu’on demande à la population, on ne veut pas que tout le monde achète un masque transparent c’est certain.  Si vous avez des collègues qui sont malentendants, peut-être que ça vaudrait la peine d’investiguer…

 

Michel Picard :  Oui, par respect…

 

Jeanne Choquette :  Oui, exactement.  On demande le respect, de ne pas crier, de ne pas nous crier après surtout et on demande aux malentendants de s’identifier.  On va lancer une campagne avec des macarons, des autocollants pour les endos des cellulaires, ça va s’appeler :  Je lis sur les lèvres.  Il faut que le malentendant explique à la personne qu’est-ce qui se passe. Puis nous allons trouver une façon de communiquer par écrit, des applications de reconnaissance vocale, il y a toutes sortes de manières.

 

Michel Picard :  J’invite les gens à aller voir entre autres le site web d’Audition Québec?

 

Jeanne Choquette :  Oui on a des stratégies de communication.

 

Michel Picard :  Je te dis merci, merci de nous avoir réveillés, c’est important, Jeanne je t’envoie des ondes positives, merci.

 

Jeanne Choquette :  Merci Michel.