Revue de presse

lg-ici-ottawa-gatineau.png

Covid-19 : les malentendants et les Sourds
veulent... se faire entendre

Le 9 avril 2020, la présidente d’Audition Québec, Jeanne Choquette, a accordé une entrevue à l’animateur de l’émission de radio Les Matins d’ici, sur Ici Radio-Canada Ottawa-Gatineau.

 

Pour faciliter la compréhension si vous êtes malentendant, voici la transcription écrite de l'entrevue :

Philippe Marcoux :  En cette période de pandémie on ne s’étonne plus de voir le personnel médical porter des masques, d’ailleurs c’est sans doute recommandé pour se protéger, pour protéger les autres d’une contamination potentielle, c’est une situation par contre qui complique la vie des personnes sourdes et malentendantes parce qu’elles lisent, souvent, sur les lèvres pour comprendre leur interlocuteur. Alors il y a un sondage qui a été réalisé dernièrement par Audition Québec, qui révèle que 96% des personnes sourdes hospitalisées, avec ou sans appareils auditifs, ont besoin d’avoir accès à un système d’interprétation parce qu’elles ne peuvent pas lire sur les lèvres. L’organisme a donc fait des représentations dans ce sens pour que ces systèmes d’interprétation soient disponibles dans les différents services de santé.  Ils ont fait ces représentations auprès du Ministère de la Santé et des services sociaux qui semble avoir réagi de façon positive, on va parler de tout ça avec Jeanne Choquette, elle est présidente d’Audition Québec. Madame Choquette, qui habite en Outaouais, est elle-même une double implantée cochléaire et elle est en ligne pour nous parler. Bonjour Madame Choquette.

Jeanne Choquette :  Bonjour Philippe.

 

Philippe Marcoux :  Dites-moi, les personnes sourdes et malentendantes, je le disais, qui sont hospitalisées ont besoin d’un système d’interprétation vidéo à distance parce qu’elles ne peuvent pas lire sur les lèvres.  Pour celles qui pourraient lire sur les lèvres, ça l’air de quoi un système d’interprétation vidéo à distance?

 

Jeanne Choquette :  Oui. D’abord ce qu’il faut savoir c’est qu’il y a deux types de clientèles. Il y a les malentendants et les sourds gestuels. Alors ce système-là d’interprétation vidéo à distance, je vais être honnête avec vous, il va être plus utile pour une personne qui est sourde et qui parle la langue des signes du Québec, la LSQ, et on s’entend, la LSQ c’est une langue officielle reconnue au Canada maintenant. Et non, les malentendants ne parlent pas la LSQ, les malentendants, nous, on lit sur les lèvres.

 

Alors le système d’interprétation vidéo à distance, ça serait que supposons que le patient a son propre téléphone cellulaire ou sa tablette, le Ministère de la santé, à notre requête, accepte que la personne va pouvoir se brancher sur le wifi de l’hôpital, alors ça c’est un bon point, il y a une directive en ce sens qui a été émise hier par le sous-ministre de la santé à tous les établissements de santé du Québec, tous les CIUSSS, les CISSS, CISSO inclus. 

 

Donc la façon dont ça fonctionne, le patient est là, le médecin ou l’infirmière parle au patient, et il y a une tablette ou un téléphone sur Zoom, en ligne avec un interprète qui peut être à Montréal ou n’importe où et qui va faire la Langue des signes pour que le Sourd puisse voir la tablette et comprendre ce que le médecin est en train de lui dire. Donc l’aidant qui n’est pas sur place n’est pas à risque de se faire contaminer.

 

Pour les malentendants, c’est plus problématique, les Sourds sont habitués de travailler de cette façon-là. Ici en Outaouais, il y a l’organisme Interprétation, signes et paroles, c’est les interprètes par exemple qui, quand Maxime Pedneau-Jobin [Maire de Gatineau] fait un point de presse, ce sont eux qui font l’interprétation en LSQ. Pour les malentendants, c’est plus problématique, on est moins habitués à ce système-là, c’est sûr que bon, j’imagine dans une situation extrême le médecin pourrait écrire sur un papier ce qui se passe mais l’interprétation vidéo à distance pourrait aussi fonctionner avec ce qu’on appelle les interprètes oralistes, Ça pourrait être le même interprète, il va juste répéter ce que le médecin a dit mais en articulant clairement et le malentendant va pouvoir lire sur les lèvres de l’interprète qu’on voit par Zoom sur la tablette ou téléphone cellulaire.

 

Philippe Marcoux : Alors à ce moment-là on pourra peut-être trouver une solution, ça reste tout un défi, on a obtenu, on a pris d’autres mesures qui vont vous aider, c’est peut-être pas pour vous qu’on les a pris, mais c’est possible maintenant de prendre les rendez-vous pour un test de dépistage en utilisant une adresse courriel au lieu du téléphone, le téléphone évidemment est problématique pour vous.

 

Jeanne Choquette : Oui. C’est pas encore fait, c’est une requête, on est en négociations constantes avec le ministère, on leur parle presque tous les jours, c’est ça qu’on a demandé parce que je vous dirais, que nous, que moi comme malentendante, quand j’ai compris qu’il n’y aurait pas d’adresse courriel, de texto, je me disais ben voyons donc moi je peux vous parler au téléphone en ce moment parce que je suis hyper techno, j’utilise un bidule électronique qui envoie votre son dans mes deux oreilles en même temps, mais le monsieur et la madame qui a 70 ans, non, il n’a pas ce bidule-là, ne peut pas parler au téléphone mais il a peut-être un ordinateur. Alors c’est ça qu’on demande au ministère, pour prendre un rendez-vous dans une clinique de dépistage, on aimerait que les malentendants puissent avoir accès à soit un formulaire sur le web ou une adresse courriel.

 

Philippe Marcoux : Mais là Madame Choquette, on parle de la situation dans un hôpital, dans les services de santé où c’est un peu plus contrôlé, si on est de plus en plus à porter des masques dans la société en général ce qui semble être le cas, ça va poser un problème pour les malentendants non?

 

Jeanne Choquette : Tellement, tellement. Je vais vous avouer que quand j’ai entendu l’Agence de Santé du Canada, du bout des lèvre quand même, recommander, proposer, suggérer je me suis dit ayoye mon dieu seigneur, on va avoir de la misère là, parce que tout le monde a les nerfs à fleur de peau ces temps-ci on s’entend-là, alors mettons qu’un commis d’épicerie porte un masque puis là la personne malentendante lui demande de répéter puis la personne s’impatiente, nous on a peur de ça.

 

Et puis en même temps, nous les malentendants on a un rôle à jouer, faut pas avoir peur de s’affirmer. Alors moi j’ai publié une petite vidéo, sur la page Facebook d’Audition Québec, donc vous avez juste à taper www.facebook.com/auditionquebec, une petite vidéo un peu humoristique de 4 minutes où je donne quelques conseils aux malentendants et vous seriez surpris vous-mêmes les entendants, en fait je donne des conseils aux deux, les entendants et malentendants, vous seriez surpris de voir le nombre de personnes entendantes qui vont avoir de la misère, ils vont se rendre compte que ah oui! Ils lisent sur les lèvres eux-mêmes sans s’en rendre compte.

 

Philippe Marcoux :  Oui, sans le savoir. Ahhh les effets secondaires et imprévus qui compliquent votre vie, Madame Choquette merci beaucoup d’avoir pris le temps de nous en parler ce matin.

 

Jeanne Choquette : Ça me fait plaisir.

 

Philippe Marcoux :  Jeanne Choquette qui est la présidente d’Audition Québec.

Pour en savoir plus sur le service d'interprétation vidéo à distance