Revue de presse

Le masque, barrière

à la communication ?

Le 17 mai 2020, Ronald Choquette, docteur en audiologie, professeur de formation pratique agrégé à l'École d'orthophonie et d'audiologie de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, et secrétaire du C.A. d'Audition Québec, a été interviewé par la journaliste de l'émission de radio Les années lumière, Myriam Fimbry, sur Ici Première à Radio-Canada.

Le reportage couvre tous les aspects du bris de communication que pose le port du masque opaque à cause de la pandémie de Covid-19.

 

Les propos du Dr Choquette sont dans la deuxième partie du reportage, c'est cette partie, qui porte sur les obstacles pour les malentendants, que nous reproduisons ici.

Anne-Sophie Blondin : Quand on pense aux personnes malentendantes qui ne peuvent plus non seulement voir des sourires, ils ne peuvent plus voir sur les lèvres, lire sur les lèvres, qu’est-ce qui se passe?

 

Myriam Fimbry : Ça c’est une grande préoccupation pour tous ceux et celles qui ont des troubles d’audition et ça concerne beaucoup de monde au Québec, 20% de la population en moyenne, c’est 10% chez les moins de 50 ans mais ça monte très vite avec l’âge, 65% chez les septuagénaires et plus de 80% au-dessus de 80 ans, alors autant dire que ça concerne beaucoup les personnes âgées et ce que tient à préciser le professeur en audiologie de l’Université de Montréal Ronald Choquette, c’est que autant pour les sourds il peut y avoir le langage des signes, pour les personnes malentendantes leur roue de secours c’est la lecture labiale c’est-à-dire sur les lèvres. Alors je lui ai demandé quelle proportion de leur compréhension cela représente.

 

Ronald Choquette : Ça dépend toujours de la personne mais moi j’ai vu des personnes que quand nous les testons en laboratoire, on va avoir une amélioration des mots de 50 à 70% avec la lecture labiale. C’est plus les personnes sourdes qui vont utiliser le langage des signes alors que les personnes malentendantes, elles, vont se fier beaucoup plus à la lecture labiale.  Ça fait en sorte que les personnes malentendantes vont avoir encore plus de difficultés à comprendre ce que les personnes vont leur dire.  Une autre complication du port du masque, c’est que le masque agit comme un filtre donc ce qu’il a tendance à faire, c’est diminuer l’intensité de la voix.  Un N-95, l’atténuation va être environ 12DB, ce qui fait que l’atténuation normale avec un masque va être un niveau d’une voix faible.  C’est sûr que la combinaison des deux éléments fait en sorte que ces personnes-là vont avoir beaucoup de difficultés de compréhension.

 

Anne-Sophie Blondin :  Nous comprenons que ça peut être problématique pour les personnes malentendantes mais, ça ne règle pas le volume, on a vu apparaître sur internet Myriam des masques avec une section au milieu en plastique transparent?

 

Myriam Fimbry :  Ça fait un visage un peu étrange mais effectivement avec un rectangle en plastique devant la bouche, on fait d’une pierre deux coups, sourire social et lecture labiale, alors c’est ce qu’essaie de faire l’initiative Masque inclusif à Toulouse, également deux manufacturiers aux États-Unis, mais c’est encore très difficile de les trouver ces masques-là, ça pourrait être très utile pourtant quand on considère la proportion très élevée des personnes avec troubles d’audition chez les ainés.